Pluie et brouillard


Nous mettrons une bonne semaine également pour faire le chemin du retour.
Mais, contrairement à l'aller ensoleillé et rieur, ce sera une semaine de pluie et brouillard. Mais toujours rieuse ! On trouve vite une certaine cocasserie résignée à mettre des chaussettes mouillées dans des chaussures mouillées pour aller marcher dans de l'herbe mouillée. Et puis, une fois mouillées, on ne sent plus la pluie et les ponchos nous transforment en fiers chevaliers. La mule rousse ne trouve cela point drôle et est beaucoup trop occupée à orienter ses oreilles pour éviter que la pluie n'y rentre pour nous écouter jacasser et crier des "Montjoie Saint Denis !" dans la plaine. La jument noire, elle, marche devant telle une machine de guerre, brisant les flots, et, fière comme Bartabas, prend un trot de bataille et reprend "Que trépasse si je faiblis !".

La pluie et les orages amènent cependant quelques difficultés techniques. Mais elles ne sont rien face à la beauté de la campagne, nappée de brouillard et réveillée doucement par les rayons timides du Soleil. Et elles ne sont vraiment trois fois rien face aux désagréments liés à la traversée de la Seine à Épône. Heureusement, Sylvie, randonneuse également, nous aura bien renseigné.

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Puis les Embruns


Après un peu moins de 300 km, nous avons atteint l'objectif du raid: montrer
Stringa dans ses habits de voyageuse à son ancien propriétaire. Après une soirée fantastique, nous prenons le temps le lendemain matin de réatteler Stringa pour la première fois depuis un an et demi. Heureusement, la petite mule rousse se rappelle de tous les codes et surtout de la voix de son dresseur. Après ce petit tour, nous repartons. À la mer ! C'est l'été, tous à la plage !

Nous retrouvons Bénédicte, de l'association du poney Highland, qui nous hébergera deux jours, le temps de se reposer et d'aller à la mer à Veulettes-sur-mer. La mer est une première pour la jument noire et la mule rousse. Le sel, les vagues, les embruns amènent mille surprises. Avec Alix, on se laisse emporter par une insouciance de vacanciers.

Maintenant, nous sommes sûres de rentrer dans les temps et ce petit raid s'est définitivement transformé en "randonnée du bonheur", où chaque buisson est rempli de mûres, où chaque soir se passe sur de bons herbages et où la mule rousse a toujours une bonne plaisanterie à raconter.

Mais il faut déjà prendre le chemin du retour, qui nous fera traverser la forêt de Lyons, le Sud de l'Oise, le Vexin et la Seine pour revenir en vallée de Chevreuse.

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Forêts vertes, terres brunes



 Quelques mètres, on entre dans la forêt et tous ces mois qui se sont écoulés depuis notre retour ont disparu. Même, la jument noire dégage une sérénité particulière, une force tranquille, là, au pas à côté de moi. La mule rousse suit tranquillement, faisant son habituel marché gourmand. Avec Alix, on discute. Il paraît bien idiot maintenant, le doute qui me tenaillait il y a encore quelques heures.


Nous sommes un vrai petit troupeau en marche, avalant les kilomètres.
Chacun a son rôle, tout le monde est en liberté. Fin août, les pommiers sont lourds de fruits et les ronces regorgent de mûres. Les moissons sont presque faites partout et nous pouvons couper à travers chaumes. Le Soleil est là et une légère brise l'adoucit. Tout est d'une effroyable facilité. On s'ennuierait presque.

Pourtant, cette facilité n'a rien de surprenant. Tous ces jours de marche de l'année dernière ont forgé une équipe et une manière de la mener. Les juments ont appris leur métier, j'ai appris le mien : trouver l'herbe, trouver l'eau, trouver le chemin. Néanmoins, cette première partie du raid qui nous amènera à Veulettes-sur-mer se trouve aidée par l'hospitalité des membres de l'association Equi'tey, qui nous offriront le gîte plusieurs soirs de suite ! Merci donc à Caroline, Murielle et Marc.

Le chemin jusqu'à la mer passe donc entre vieilles abbayes et vieux villages, champs moissonnés et forêts, qui, malheureusement, sont parfois privées et bouclées. Le long de la Seine, les axes routiers sont denses et il est difficile de se frayer un passage entre les autoroutes et nationales. Pourtant, au milieu de ces terres brunes et de ces entrelacs de bitume, des gens nous ouvriront leurs portes et partageront notre quotidien d'un soir. Et, au creux des forêts, Alix et moi éclateront de rire aux pitreries de la mule et plans de bataille de la jument.

Après une bonne semaine de marche, nous arrivons au pont de Brotonne. Après sa traversée, nous retrouvons l'ancien propriétaire de Stringa qui nous amènera en camion chez lui. Bientôt la mer !

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À nouveau les chemins


Les dernières chaleurs se font moins dures fin août. La nuit arrive peu à peu de plus en plus tôt. Septembre arrive, l'automne s'entend.

Ce matin de fin août, je vais chercher les juments au pré. Ma sœur est là. On selle et on part. On part pour un raid.

Le but est d'arriver jusqu'à la mer, l'océan, l'Atlantique. Nous avons reçu une invitation de l'ancien propriétaire de Stringa, la mule rousse, et nous y répondons. Mais maintenant, le temps est compté et il faudra faire bon chemin pour boucler ce parcours de près de 600 km en une vingtaine de jours. Nous traverserons les Yvelines et l'Eure pour arriver en Seine Maritime, puis le retour par l'Oise et le Nord des Yvelines. Avec Alix, nous choisissons de voyager très léger, avec les deux juments sellées et non bâtées. Au total, eau et nourriture comprises et assurant une autonomie complète, il y a moins de 20 kg de bagages, réparties sur les deux juments.

Voilà longtemps que je n'avais pas harnaché fontes et sacoches. Voilà longtemps que les juments et moi avons quitté notre ancienne routine de voyageurs. Mon vieil ami de route répond lui aussi à l'appel. C'est bien le doute qui pointe son nez, car le temps est compté, les juments ne sont pas des plus entraînées et j'ai à peine fini la rééducation d'un poignet fracturé net et plâtré, embroché il y a encore quelques mois.

Ce matin de fin août, on prend la route et il est déjà tard.

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