Les Pyrénées comme horizon


L'été s'est bien installé en ce début juillet. Les orages sont fréquents. Les tournesols ne savent plus où donner de la tête, la mule rousse où orienter ses oreilles et moi où est le chemin. La jument ne voit pas le problème.
Nous sommes depuis longtemps un petit troupeau soudé et efficace. Tout le monde profite des petits plaisirs du chemin, l'un s'appuie sur l'autre quand la situation se complique et on m'attend au garde à vous quand je sors d'une épicerie avec des carottes.

Le lot-et-Garonne est bardé de stades de rugby et de chemins de Saint-Jacques. Il devient difficile d'éviter les autoroutes à randonneurs et pèlerins, où les panneaux annonçant gîtes et épiceries remplacent les arbres. Alors, on se perd au milieu des tournesols, pruniers et kiwis et on y trouve de belles rencontres, surtout à la croisée des fleuves. Après les belles cités et propriétés périgourdines, on s'amuse dans les petits villages pittoresques et granges branlantes intemporelles.

Puis, on file droit vers les Montagnes le long de l'Adour et des voies romaines. Ici, pour irriguer les champs, on les noie. Partout du maïs, bientôt les haricots de Tarbes.

Alors que le Soleil commence à se faire dur et le ciel trop bleu, on aperçoit les Pyrénées. Elles pavoiseront encore quelques jours au loin sous l'orage, avant que nous arrivions à leurs pieds, à moitié mangées par les taons et brûlées de Soleil.

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Les plaisirs du Périgord


La mule rousse, forte de son expérience avec les petites prunes glanées sur les chemins, savait dès le départ que recracher les noyaux était la meilleure et la plus élégante stratégie. La jument noire essaya d'autres techniques viriles, mais en vain. Surtout que là, on parle d'abricots. Et de pêches. Nous sommes fin juin, il fait chaud et entre les maisons isolées et forêts, nous profitons bien des marchés périgourdins.

L'été amène aussi les vacanciers. Il faut vite apprendre à repérer les chemins bondés. La mule rousse et la jument noire montent cependant un numéro de clown, l'une l'Auguste, l'autre le contre-pitre. Je me retrouve clown blanc bien malgré moi.

Les longues soirées d'été sont maintenant prétexte à de longues galopades dans les prés. Une fois, on me prête un herbage où paissent des vaches laitières. La jument rentre timide, la mule rentre dans le tas. Elles jouent toute la journée aux cow-boys. Moi, j'espère juste que le lait ne sera pas trop tourné.

Riant au vent, nous traversons gaiement les Périgords verts, blancs et rouge. Les doutes se font rares, les tiques moins et les dernières plaines avant les Pyrénées bientôt là.

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La Loire, le Cher et l'Indre

En traversant la Loire, ce n'est pas seulement le Nord que nous laissons derrière nous. Maintenant la mule rousse suit en liberté. Elle s'amuse de tout et prend plaisir d'un rien. La jument noire me suit fidèle, me porte tranquille dans sa routine cadencée. Moi, je suis maintenant l'horloger bienveillant de cette mécanique de voyage de plus en plus rodée, mais encore un brin fragile.

Nous avançons doucement d'un rythme bonhomme et je ne suis plus sûre d'atteindre les Pyrénées. Le doute toujours. Déjà atteindre le Périgord, après on verra.

Le soir, je pense aux abricots et pêches qui attendent dans le Sud. La mule rouspète quand je l'attache à la longue corde et ne peut passer la nuit libre lovée contre la jument. La jument noire s'effraie de grenouilles et réveille tout le monde. Le lendemain, en voyant des bœufs de près pour la première fois, elle fit la fière, mais bien derrière moi, tandis que la mule allait leur conter fleurette.

Nous parcourons la Sologne et ses forêts, faisons aimable découverte de ses moustiques et traversons en bons gueux les alentours de ses châteaux. Le soir, nous partageons le quotidien de gens bien accueillants, entre festival de musique, confit de canard et dîner tranquille.

Après la Loire, le Cher. Après le Cher, l'Indre. Les chemins suivent les fleuves, nous on suit les chemins.

L' Indre amène au parc de la Brenne et ses mille marais. Il pleuvra pendant une bonne semaine. La mule rouspète contre la pluie et est très minutieuse quant à l'orientation de ses oreilles par rapport au vent. Je nage dans mes chaussures. La jument ne voit pas le problème.
À la fin de cette semaine, nous arrivons sous une pluie battante au village d'Oulches, où on me réserve un accueil bien chaleureux. Les juments et moi allons nous présenter le lendemain à la petite école, expérience mémorable !

À la pluie des marais, s'ensuit le Soleil des vallons. La Creuse s'étend bienheureuse avec ses vaches brunes. Nous nous approchons du plateau des Millevaches pour ensuite filer droit vers les Monts d'Ambazac. Toujours plus de rencontres, d'aide et d'histoires partagées.

Le sourire aux lèvres, nous franchissons la Vienne et entrons dans le Périgord.

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